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L’IA, votre psy ? Pas tout à fait.

  • Photo du rédacteur: Camille Lafond
    Camille Lafond
  • 4 juil.
  • 5 min de lecture

Depuis quelques temps, de plus en plus de personnes se confient sur Chatgpt, Claude, Gemini… Ainsi, l’IA n’est plus seulement devenu le bras droit de nos fonctions exécutives mais elle incarne également pour certain(e)s le confident, voire l’expert de la vie intime et des difficultés émotionnelles. Quelles sont les limites et les conséquences de cet usage ? Comment s’en protéger ?



Ce que l’IA peut offrir

Il semble important aujourd’hui de remettre l’IA à sa juste place et clarifier en quoi cet outil peut être intéréssant, à condition d’en connaître également ses limites. Certes, les modèles d’intelligence artificielle sont capables de produire des réponses de plus en plus cohérentes. S’ils sont utilisés avec discernement, ils peuvent offrir plusieurs services utiles.


Si l’on tentait de dresser la liste des atouts qu’elle propose, cela pourrait ressembler à cela :

  • L’IA est disponible 24 heures sur 24.

  • Elle peut fournir des informations générales sur les troubles psychologiques.

  • Elle peut aider à mettre des mots sur un ressenti ou à structurer des idées (bien qu’uniquement à partir des informations qu’elle reçoit et possède dans sa base de données).

  • Elle peut proposer des exercices de respiration, de relaxation ou de gestion du stress.

  • Elle peut également constituer un complément entre deux séances de thérapie dans le cadre des points cités ci-dessus, à condition d’en parler à son psychologue pour en évaluer la pertinence, sécuriser cet usage et élaborer autour de ce besoin.

  • Elle peut constituer un premier espace de soutien ponctuel en vue de préparer le premier pas chez un psychologue.

  • Elle peut vous aiguiller sur les approches thérapeutiques qui existent et préciser lesquelles sont les plus recommandées selon les problématiques.


Ce que l’IA ne peut pas offrir

Malgré la qualité des réponses ou de la sensation illusoire de proximité émotionnelle qu’elle peut parfois procurer, il est fondamental de garder à l’esprit qu’une IA ne possède ni conscience, ni personnalité, ni émotions, ni compréhension de votre vécu.


Ainsi, elle ne peut pas :

  • Construire une véritable alliance thérapeutique avec vous, ni par conséquent, utiliser le lien thérapeutique comme outil de soin.

  • Tenir une posture neutre : elle s’aligne sur votre discours et ne sort pas du cadre que vous posez. Elle n’est pas programmée pour vous amener à vous faire vous remettre en question ou vous faire travailler sur vous-même et même si elle l’était, l’absence de présence et d’altérité ne rend pas cette fonction possible avec l’IA.

  • Observer votre langage non-verbal, sentir votre ton, vos hésitations, et en tenir compte dans son analyse.

  • Travailler les mécanismes de défense inconscients.

  • Détecter une crise réelle ou un risque suicidaire.

  • Refuser de répondre quand ce n’est pas son rôle.


Autrement dit, l’IA traite des informations, mais elle ne vous rencontre pas. Or, en psychothérapie, c’est précisément la rencontre qui constitue le cœur du travail.



Comment fonctionne une IA ?

L’intelligence artificielle génère des réponses statistiquement plausibles et probables à partir de milliards de textes humains enregistrés dans ses données. L’IA imite la compréhension et l’empathie sans les ressentir. Elle ne se rappelle pas de vous entre deux conversations, elle ne s’inquiète pas pour vous et n’a aucune intuition clinique en ce qui vous concerne. Elle n’est pas capable de percevoir ce que vous ne lui dites pas (ni de ce que vous ne vous dites pas à vous même). L’IA est incapable de percevoir l’implicite et de se saisir de ce que vous dissimulez de façon inconsciente ou de vos contradictions. En bref, tout ce qui est au cœur du travail thérapeutique lui échappe totalement.


Mais alors pourquoi avons-nous l’impression que l’IA nous comprend si bien ?

Ce phénomène est connu depuis les années 1960 sous le nom d’effet ELIZA.

ELIZA était un programme informatique très simple qui reformulait les phrases de ses utilisateurs sous forme de questions. Malgré sa simplicité, de nombreuses personnes avaient le sentiment d’être comprises pour de vrai. Les intelligences artificielles modernes produisent des réponses infiniment plus sophistiquées qu’à cette époque mais le mécanisme psychologique reste similaire. Lorsque quelqu’un - ou quelque chose - reformule ce que vous dites avec d’autres mots ou réponds d’une façon qui vous semble cohérente, personnalisée et bienveillante, votre cerveau a naturellement tendance à lui attribuer une véritable compréhension de votre personne. Cette impression est réelle. La compréhension, elle, ne l’est pas.


Les risques d’un usage répétés

L’utilisation occasionnelle d’une IA sur aspects pratico-pratique de la vie quotidienne est généralement sans conséquence. En revanche, lorsqu’elle devient le principal interlocuteur pour gérer ses émotions, des risques apparaissent. Lesquels ?


  • La recherche permanente de réassurance : L’utilisation de l’IA peut vous empêcher d’apprendre à apprivoiser l’inconfort émotionnel inhérent au travail que vous effectuez sur vous-même et ainsi, incarner un mécanisme d’évitement. Par exemple, quand on ressent de l’inquiétude par rapport à une situation, il est tentant de vouloir la résoudre rapidement en demandant un conseil à l’IA. Cela peut parfois procurer une sensation de regagner du contrôle ou de l’apaisement, mais cet effet est illusoire et comporte un effet « rebond » : ne pas tolérer l’inconfort et chercher des solutions externalisées a tendance à entretenir votre anxiété et vous empêche d’apprendre à tolérer l’incertitude. Ainsi, une question en entraine une autre, vous restez sur Chatgpt ou vous y revenez plusieurs fois par jour, et vous ne décrochez pas.


  • Le risque d’augmenter des ruminations : Obtenir des réponses instantanées à vos questions peut vous donner l’impression d’avancer. Cependant, chercher continuellement des explications peut alimenter les ruminations, entraîner d’autres questions, voire créer une forme de dynamique addictive puisque l’IA ne mettra pas un terme d’elle-même à la conversation mais est, a contrario, programmée pour faire en sorte que vous restiez le plus longtemps possible sur l’application. Ainsi, le risque est d’observer une alimentation de vos ruminations, ce qui vous empêche précisément d’accéder à une véritable élaboration psychique qui apaise réellement.


    Par ailleurs, l’apaisement n’est pas synonyme d’une accumulation de réponse. S’apaiser, c’est aussi - et d’abord - apprendre à accepter les zones d’incertitude, et laisser à ses émotions l’espace pour s’exprimer et se traverser.


  • L’illusion d’une relation : Les échanges avec une IA peuvent parfois sembler étonnamment chaleureux. Certaines personnes peuvent même avoir l’impression de se sentir réellement comprises, sans jugement, ce qui créer une sensation de réconfort. Ce ressenti est normal, d’autant plus lorsqu’on traverse de la solitude dans son quotidien. Il faut toutefois garder à l’esprit que notre cerveau est programmé pour être capable d’attribuer des intentions et des émotions à l’IA car elle réponds de façon personnalisée et est programmée pour cela, mais cette relation demeure unidirectionnelle : l’IA n’éprouve aucun attachement envers vous et ne fait que simuler statistiquement ce qu’elle a calculé que vous voulez entendre.


  • Une confidentialité limitée : Les conversations avec une IA ne bénéficient pas du secret professionnel qui a contrario, encadre la pratique des psychologues. Même si des protections de données existent, il est important de garder à l’esprit que vos échanges transitent par des serveurs et qu’il est hautement préférable d’éviter de partager des informations sensibles ou permettant une identification personnelle.


En Bref…

L’IA peut informer, aider à organiser ses idées, proposer des exercices ou accompagner une réflexion de façon limitée. Il est toutefois recommandé de l’utiliser avec discernement et ponctuellement uniquement afin de ne pas empêcher ses propres ressources de pouvoir se déployer. Par ailleurs, elle ne remplace pas ce qui fait la richesse d’une psychothérapie, à savoir :

  • Une réelle rencontre entre deux personnes et une relation de confiance qui se construit au fil des séances.

  • Un regard clinique individualisé.

  • Une compréhension fine de la singularité de votre histoire et de ses empreintes.

  • Un accompagnement sécurisé et ajusté à ce qui se joue, parfois au delà des mots.


Si vous utilisez l’IA pour parler de vous, n’hésitez pas à en parler en consultation. Ce n’est ni surprenant ni honteux, et au contraire, ces échanges peuvent constituer un point d’appui précieux au travail thérapeutique pour comprendre ce que vous y recherchez, ce qui vous apaise et ce qui vous préoccupe.


 
 
 

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